Définition
- Sommeil paradoxal
- Le sommeil paradoxal est le stade du sommeil caractérisé par des mouvements oculaires rapides, une activité cérébrale intense proche de l’éveil et une paralysie musculaire temporaire. C’est pendant cette phase que surviennent la plupart des rêves vivaces, et on l’associe à la consolidation de la mémoire et au traitement des émotions.
Ce qui s’y passe
REM est l’abréviation anglaise de rapid eye movement, mouvement oculaire rapide, et le nom décrit le signe le plus visible : les yeux bougent vite sous les paupières fermées. L’activité cérébrale y ressemble étonnamment à celle de l’éveil, ce qui explique le nom français de sommeil paradoxal.
L’autre caractéristique déterminante est l’atonie musculaire. Pendant cette phase, le corps est pratiquement paralysé du cou aux pieds, à l’exception des muscles respiratoires et de ceux des yeux. On y voit généralement un mécanisme qui empêche d’agir ses rêves, et sa défaillance est à l’origine du trouble du comportement en sommeil paradoxal.
La plupart des rêves vivaces et narratifs s’y produisent, même si le rêve ne lui est pas exclusif. La respiration et le rythme cardiaque deviennent plus irréguliers qu’en sommeil profond, et la régulation de la température corporelle est réduite.
Quand il survient
Le sommeil paradoxal n’est pas réparti uniformément dans la nuit. La première période arrive généralement une heure à une heure et demie après l’endormissement et reste brève, souvent quelques minutes. Les suivantes s’allongent progressivement.
Cette répartition compte davantage que la durée totale. Le sommeil lent profond se concentre sur la première moitié de la nuit, le sommeil paradoxal sur la seconde. Écourter une nuit de deux heures ne retire donc pas une part proportionnelle de chaque stade : cela retire beaucoup plus de sommeil paradoxal que de sommeil profond.
Sur une nuit entière, le sommeil paradoxal représente environ un cinquième à un quart du sommeil total chez l’adulte en bonne santé, et une proportion nettement plus élevée chez le nourrisson.
Pourquoi il compte pour le réveil
Se réveiller en sommeil paradoxal produit en général moins d’inertie du sommeil qu’un réveil en sommeil profond. Comme l’activité cérébrale y ressemble déjà à l’éveil, la transition est plus courte et l’on se sent plus vite cohérent.
Ce seul fait a engendré une quantité considérable de conseils exagérés, et il vaut donc la peine d’être prudent. Qu’un réveil en sommeil léger ou paradoxal soit plus agréable qu’un réveil en sommeil lent profond est exact. Il n’en découle pas qu’on puisse s’arranger de façon fiable pour être réveillé à ce moment-là.
Comme le sommeil paradoxal se concentre en seconde moitié de nuit, un réveil matinal ordinaire a déjà de bonnes chances de tomber près d’un sommeil léger ou paradoxal plutôt qu’en sommeil profond. C’est une partie de la raison pour laquelle se lever à 7 h après une nuit complète n’a rien à voir avec être réveillé à 2 h, et cela ne demande aucune application.
Là où la version populaire exagère
Deux affirmations circulent avec plus d’assurance que les données n’en autorisent, et toutes deux reviennent sans cesse à propos des réveils.
La première : on pourrait caler une alarme sur une fenêtre de sommeil paradoxal ou léger avec un téléphone posé sur le matelas. Le suivi grand public déduit les stades du mouvement, parfois de la fréquence cardiaque ; cela peut approcher de grandes tendances, mais n’identifie pas le stade de sommeil de façon fiable comme le fait une polysomnographie. Les conseils bâtis sur l’hypothèse inverse reposent sur du sable.
La seconde : le sommeil paradoxal serait le sommeil important et le sommeil profond non, ou l’inverse. Les deux stades semblent remplir des fonctions distinctes et nécessaires, et être privé de l’un ou de l’autre a des conséquences. Les hiérarchiser est une simplification qui existe surtout pour donner du sens à une fonctionnalité d’application.
La conclusion réellement utile est plus terne et mieux étayée : dormir assez au total, et garder des horaires réguliers. La répartition des stades se règle alors largement d’elle-même.
Ce qui le perturbe
L’alcool en est l’exemple le plus net, et l’effet est plus précis qu’une simple sédation. Boire le soir tend à raccourcir l’endormissement tout en supprimant le sommeil paradoxal en première partie de nuit, puis provoque un rebond ensuite, avec un sommeil plus léger, plus fragmenté et davantage d’éveils. C’est pourquoi une nuit après avoir bu peut être longue et mauvaise à la fois.
La restriction de sommeil le perturbe par sa structure plutôt qu’en le supprimant. Comme il se concentre en seconde moitié de nuit, écourter la nuit en retire une part disproportionnée. Quelqu’un qui dort systématiquement cinq heures n’obtient pas cinq septièmes d’une nuit normale : il obtient l’essentiel de son sommeil profond et une fraction de son sommeil paradoxal.
Plusieurs médicaments l’affectent, dont certains antidépresseurs, et leur arrêt peut produire un rebond. C’est à savoir plutôt qu’à traiter seul : la question revient à qui les a prescrits.
L’apnée du sommeil le perturbe d’une manière particulièrement coûteuse. Le tonus musculaire étant au plus bas en sommeil paradoxal, les événements apnéiques y sont souvent les plus sévères : le stade le plus difficile à accumuler est aussi celui qui risque le plus d’être interrompu.
Sommeil paradoxal, rêves, et quand cela dérape
La plupart des rêves vivaces et narratifs surviennent en sommeil paradoxal, sans lui être exclusifs : des rêves plus flous existent dans les autres stades. Si les rêves dont on se souvient au réveil sont majoritairement des rêves paradoxaux, la raison est simple : on se réveille plus volontiers de ce stade en seconde partie de nuit, et le souvenir est meilleur juste après.
Les cauchemars sont des événements de sommeil paradoxal, ce qui explique qu’ils se concentrent vers le matin plutôt que juste après l’endormissement. Ce moment est aussi le meilleur moyen de distinguer un cauchemar d’une terreur nocturne, qui est un trouble de l’éveil issu du sommeil profond, survient tôt dans la nuit et n’est en général pas mémorisée.
L’atonie musculaire échoue parfois, avec deux conséquences connues. La paralysie du sommeil est une atonie qui déborde brièvement sur l’éveil : la personne est consciente mais ne peut pas bouger. C’est fréquent, sans danger en soi, et souvent effrayant. Le trouble du comportement en sommeil paradoxal est la défaillance inverse : l’atonie est absente et la personne met physiquement ses rêves en actes. Contrairement à la paralysie du sommeil, il mérite un avis médical, pour le risque de blessure et parce qu’il peut être associé à d’autres pathologies.
Rien de tout cela n’est causé par un réveil, mais le moment est utile à connaître : se réveiller en seconde moitié de nuit interrompt plus souvent le sommeil paradoxal et laisse plus souvent le souvenir d’un rêve qu’un réveil en première moitié.

